Le massacre de Glencoe est probablement l’un des événements les plus sombres des luttes fratricides qu’a connu l’Écosse. Il a eut lieu le 13 février 1692, dans les Highlands.

Contexte

À la mort de Charles II (roi d’Angleterre et d’Écosse de 1660 à 1685), roi catholique, son frère (également catholique), Jacques Stuart, prend légitimement sa succession sur le trône en tant que Jacques II d’Angleterre et Jacques VII d’Écosse.

Il est renversé 3 ans après, en 1688, lors de la Glorieuse Révolution anglaise et c’est sa sœur aînée, Marie Stuart, de confession protestante, qui est nommée reine. C’est finalement son mari, Guillaume d’Orange, qui gouverne.

Nombreux sont ceux qui estiment que Marie Stuart n’est pas légitime et que le roi légitime est le fils de Jacques II & VII : Jacques François Stuart. On les nomme les jacobites et le moins qu’on puisse dire c’est que la couronne anglaise n’apprécie pas vraiment ce courant qui porte en son sein le vent de la rébellion.

Des combats éclatent entre jacobites et loyalistes dès 1689. Jacques tente d’ailleurs de débarquer en Irlande en 1690 pour récupérer sa couronne.

C’est dans ce climat proche de la guerre civile qu’a lieu le massacre de Glencoe.

Le serment d'allégeance à Guillaume d'Orange

Le 27 Aout 1691, après quelques batailles entre Jacobites et forces loyalistes (souvent au détriment des jacobites, d’ailleurs), Guillaume d’Orange propose à tous les clans d’Écosse un pardon pour qui viendra prêter serment d’allégeance envers lui avant le 1er Janvier 1692. Les chefs de clan attendent alors de leur Prétendant qu’il les autorise à faire ce serment, mais ce dernier (alors en france) espérait encore pouvoir reprendre le contrôle de la situation et la réponse se fait attendre. Jacques finit toutefois par se résigner et autorise ses fidèles à jurer allégeance à la couronne de Guillaume devant un magistrat. Cette autorisation arrive en Écosse à la mi-décembre, les chefs de clan ont alors déjà perdu un temps précieux.

C’est là que se noue le destin du clan MacDonald de Glencoe, car leur chef attend le dernier jour pour prononcer son serment. Alastair Maclain, chef des MacDonald de Glencoe, se rend à Fort William le 31 décembre 1691 et demande au colonel Hill, le gouverneur, d’être témoin de sa prestation de serment. Hill refuse car il ne s’estime pas habilité pour cela. Il conseille alors à Maclain de se rendre à Inveraray, prêter serment devant Sir Colin Campbell. Il lui remet un laissez-passer ainsi qu’une lettre pour Sir Colin Campbell assurant que Maclain a voulu prêter serment à temps et demandant à Campbell de recevoir son serment. Hill promet également à Maclain qu’aucune action ne sera entreprise envers lui ou son clan avant qu’il ait pu plaider sa cause devant son roi ou le conseil privé du roi.

Maclain met 3 jours pour se rendre à Inveraray. Il est retardé par le mauvais temps mais aussi par un certain Capitaine Drummond (qui dirige la première compagnie du régiment d’infanterie du comte d’Argyll) qui le retient pendant plus de 24 heures au château de Balcardine. Sir Colin Campbell revient à Inveraray le 6 janvier et accepte le serment d’Alistair Maclain, malgré le retard.

Le massacre de Glencoe

À la fin de Janvier 1692, un petit contingent de troupe loyalistes (environ 120 hommes) sous le commandement de Robert Campbell de Glenlyon se présente à Glen Coe pour collecter l’impôt. Robert est un parent par alliance de Maclain, on leur fait donc un bon accueil. Pendant environ deux semaines, ils font table commune avec les habitants, logeant chez eux.

Le 12 Février 1692, le capitaine Thomas Drummond se présente à Robert Campbell avec une lettre cachetée. Cette lettre contient de nouveaux ordres.

Les ordres en français

« Nous vous ordonnons par la présente d’assaillir les rebelles, les McDonald de Glencoe, et d’exécuter par l’épée tous ceux de moins de soixante-dix ans. Vous devez prendre un soin particulier à ce que le vieux Renard et ses fils ne s’échappent de vos mains sous aucun prétexte, vous devez sécuriser les routes afin qu’aucun homme ne s’échappe. Vous mettrez ceci à exécution à cinq heures précisément ; à cette heure, ou peu après, je vous rejoindrai avec une compagnie plus nombreuse : si je ne viens pas à cinq heures, vous ne devez pas m’attendre, mais attaquer. Ceci est par ordre spécial du Roi, pour le bien & la sécurité de l’État, afin que ces mécréants soient annihilés, racine et branche. Veillez à ce que cela soit exécuté sans querelle ni faveur, ou vous serez traité en homme infidèle au Roi et au Gouvernement, et indigne d’exécuter les Missions du service du Roi. Certain que vous ne faillirez pas à l’accomplissement de ceci, j’écris cela de ma main à Balicholis, 12 Feb. 1692

(signé) R. Duncanson

Pour le service de leurs Majestés
Au Capt. Robert Campbell de Glenlyon »

Le capitaine Campbell passe la soirée à jouer aux cartes avec ses hôtes. Alors qu’il se retire, il accepte une invitation à dîner avec Alastair Maclain pour le lendemain.

Le 13 février 1692, vers 5 heures du matin, le massacre débute simultanément en trois endroits de Glencoe — Invercoe, Inverrigan et Achacon — mais les meurtres s’étendent à toute la vallée lors de la fuite des MacDonald. Alastair Maclain, le chef du Clan est tué en tentant de quitter son lit, mais ses deux fils arrivent à s’échapper. C’est eux qui révèleront le massacre.

Au total, 38 hommes du clan MacDonald sont assassinés, dans leurs maisons ou en tentant de fuir dans le glen. Environ 40 femmes et enfants meurent en raison du froid après l’incendie de leurs maisons.
Certains soldats préviennent leurs hôtes, leur permettant ainsi de fuir à temps. D’autres préfèrent briser leurs épées plutôt que d’exécuter les ordres. Ils sont arrêtés et emprisonnés, mais sont finalement relaxés et témoigneront, plus tard, contre leurs officiers supérieurs.

En plus des soldats qui se trouvent effectivement à Glencoe cette nuit-là, deux autres détachements de quatre cents hommes sont présents : chacun aurait dû converger vers le glen afin de bloquer les routes permettant la fuite. Ils prennent leurs positions trop tard. Il est possible que la tempête de neige ait rendu leur arrivée difficile, il est également possible qu’ils aient refusé de participer au massacre.

Conséquences

Conséquences politiques

En raison de l’implication du régiment d’Argyll, placé sous la commande de Glenlyon, le massacre n’a pas été considéré comme une action gouvernementale, mais comme une conséquence de l’ancienne rivalité entre Campbell et MacDonald. Il s’agit pourtant d’un acte conçu par un Secrétaire d’État à l’Écosse, approuvé par le roi Guillaume, et exécuté par un régiment de l’armée britannique.

En raison de la brutalité du massacre, nombre de chefs jacobites prêtent serment à Guillaume d’Orange. Au printemps 1692, tous les chefs jacobites sont sous serment.

Cette brutalité sera l’argument majeur des jacobites pour se servir de ce massacre comme instrument de propagande, notamment lors des révoltes de 45.

Conséquences légales

L’ignominie de ce massacre est elle même reconnue par la loi Ecossaise :

La loi écossaise reconnaît un certain type d’assassinat appelé murder under trust (litt. « meurtre en confiance »). Il est considéré comme étant plus grave que l’assassinat ordinaire et le massacre de Glencoe en est un cas d’école.

En outre, l’ordre reçu n’était déjà pas, aux yeux de la justice écossaise de l’époque, un motif permettant de dédouaner les soldats et officiers des crimes ainsi commis. Le rapport de la commission d’enquête a ainsi déclaré :

« Bien que l’ordre d’officiers supérieurs soit très absolu, aucun ordre allant contre les lois de la nature ne lie le soldat ; ainsi un soldat, conservant son commandement, doit refuser d’exécuter tout acte de barbarie, tel que se voir ordonner de tirer sur un passant inoffensif, dans la rue, aucun ordre de ce type ne l’exempterait d’être condamné pour meurtre. »

De fait, l’enquête qui s’en suivi fut complexe et eu des répercussions importantes.

Sources

Bonus : Vidéos

Un film a été tourné sur cette épisode peu glorieux.
Sobrement intitulé : « The massacre of Glencoe » il a été tourné en 1971 par AustinCampbell.

Massacre of Glencoe – John MacDermott

Massacre of Glencoe – The Real McKenzies

Série de 7 courts documentaires sur le massacre (en anglais non sous-titré)