La déroute de Moy

La déroute de Moy est un épisode rocambolesque de l’histoire des révoltes jacobites. Voilà comment une poignée de jacobites, afin de protéger le prétendant au trône, ont mis en déroute une armée de 1500 hommes dans les Highlands, le 17 février 1746.

Contexte

A la toute fin de Janvier 1746, après leur victoire à la bataille de Falkirk (17 Janvier 1746) et après le fiasco du siège de Stirling , les jacobites entament leur retraite vers le nord.

L’armée Jacobite, qui compte environ 3000 hommes, traverse les gués de Frew et de Crieff et, de là, se sépare en deux groupes distincts en direction d’Inverness.
Le premier groupe est commandé par Lord George Murray et regroupe la quasi totalité de l’armée. Il prend le chemin côtier et traverse Perth, Dundee, Montrose et Aberdeen.
Le deuxième groupe, sous les ordres du Prince Charles Édouard Stuart en personne ne compte qu’une cinquantaine d’hommes et traverse les montagnes par Blair Atholl.

Le 16 février, le prince arrive à Moy Hall

Le 16 février 1746 , le Prince atteint Moy Hall, la demeure du clan MacKintosh pour y passer la nuit.
Angus MacKintosh , 22ème Laird du clan MacKintosh et capitaine du régiment des Black Watch (fidèles à la couronne anglaise), était absent ce jour-là. Sa femme, Lady Anne Farquharson-MacKintosh, fervente jacobite (d’ailleurs surnommée Colonel Anne), accueille le prince et rallie le clan à la cause en l’absence de son mari.

À Inverness (environ 15Km plus au nord), John Campbell, 4ème comte de Loudon, apprend que le prince se trouve à Moy et prépare un plan pour surprendre et capturer le Prince. Il est sans doute attiré par les 30 000 livres promis pour la capture de Charles Édouard Stuart. Il poste ainsi des sentinelles tout autour de la ville afin d’empêcher toute personne de s’échapper et de prévenir le prince. Dans le même temps, il prépare une colonne de 1500 hommes pour aller capturer le prince à Moy.

Pendant-ce temps là, dans une auberge de la ville, la fille d’un aubergiste, Mrs Bailly, prête attention à la discussion entre plusieurs officiers anglais débattant du plan de capture. Dès qu’elle le peut, elle quitte l’auberge, s’échappe de la ville en dépit de la vigilance des sentinelles et prend la route en direction de Moy.

Dès que la fille de l’aubergiste sonne l’alarme, Donald Fraser, le forgeron du village, assure au prince qu’il n’a aucun besoin de quitter le château et qu’il renverrait les troupes de Loudon aussi vite qu’ils arriveraient. Bonnie Prince Charlie n’a aucun doute sur le fait qu’on veuille le capturer ou qu’on puisse attenter à sa vie et est accompagné de très peu d’hommes. Ainsi, Charles n’a pas confiance en ces promesses et, plus probablement, craint que le faible nombre d’hommes en présence ne le condamne. Le prince, simplement vêtu d’une robe de chambre, d’un bonnet de nuit et de ses chaussons, s’échappe promptement pour se cacher dans les montagnes avoisinantes. Il s’y cachera toute la nuit et attrapera une pneumonie.

17 février, l'Embuscade

Donald Fraser, le forgeron, mets en place son plan. Il place de chaque côté de la route traversant la lande un contingent d’une douzaine d’hommes (certains disent qu’ils ne furent que 5 ou 6) afin d’y attendre le régiment de John Campbell. Il ordonne à ses hommes de ne faire feu qu’a son commandement, et de ne tirer que l’un après l’autre. Lorsque la tête du régiment approche , le forgeron cria :  »Fire, my lads! Do not spare them! Give no quarter! » ( Feu, les gars ! Ne les épargnez pas. Pas de quartier ! )

Les mousquets sont déchargés un à un afin de donner l’illusion d’un nombre importants d’Highlanders, les hommes courent autour de leur cible tout en tapant leurs broadswords contre leurs targes targes tout en scandant les cris de guerre des clans Cameron, Fraser, MacDonald et ceux du clan Chattan afin de créer assez de bruit pour faire croire à une charge d’une compagnie entière de jacobite.

Rout of Moy par Henry Ford Justice, gravure sur bois, vers 1895
Rout of Moy par Henry Ford Justice, gravure sur bois, vers 1895

Les forces gouvernementales de John Campbell prennent alors la fuite sans se douter qu’il s’agit d’une ruse. C’est ainsi qu’une dizaine d’hommes courageux et rusés mettent en déroute 1500 Hanovriens.

Bilan et conséquences

Durant cette escarmouche, il n’y a qu’une seule victime, Donald Ban MacCrimmon, le piper du régiment hanovrien. Il était réputé pour avoir composé « MacCrimmon’s Lament  » lorsqu’il quitta l’île de Skye. Cette chanson fut prémonitoire pour Donald car elle annonça dans son refrain la mort d’un ou plusieurs MacCrimmons :
 »McLeod shall come back, but MacCrimmon never » traduit par « MacLeod reviendra, mais pas MacCrimmon ». La colonne de soldats était dirigée par un MacLeod dont MacCrimmon était le piper principal.
De nombreux MacCrimmon sont mort à la bataille de Culloden , deux mois après ces évènements.

Dès le lendemain, deux cents hommes du régiment de Loudon désertèrent et le régiment se retira dans une zone moins hostile en attendant les forces du duc de Cumberland.

Donald Fraser, le forgeron, dut fuir et se cacher dans le Lochaber (à l’ouest de l’Écosse) et se cacha de nombreuses années, même après Culloden. Il mourra en 1804 et est enterré à Moy.

Bonnie Prince Charlie contracta une pneumonie qui le força à rester inactif à proximité d’Inverness jusqu’à la tristement fameuse bataille de Culloden.

Sources