Le 22 mars 1421, la bataille de Baugé voit la défaite de l’armée anglaise du duc de Clarence (environ 3 000 hommes) face à l’armée franco-écossaise de Motier de la Fayette et du comte écossais Jean Stuart de Buchan. Cette bataille est la première défaite anglaise en bataille rangée depuis 1415.

Contexte

En 1420, la situation est franchement catastrophique pour le dauphin Charles, le futur Charles VII, qui ne dispose plus que de trois provinces sûres : le Poitou, l’Auvergne et le Berry; du côté anglais, Henri V voudrait reconquérir définitivement l’Anjou et la Touraine, puis s’emparer du Poitou, pour rejoindre ses possessions de Guyenne. Il a envoyé à Bernay 6 à 7000 Anglais commandés par son frère Thomas de Lancastre, duc de Clarence, qui, comptant sur la passivité bretonne, marche sur l’Anjou.

En janvier 1421, 4500 Écossais débarquent à La Rochelle, ce qui porte les rangs Écossais à 13 000 hommes débarqués depuis 1419 pour respecter la vieille alliance franco-écossaise, et donc pour aider le dauphin et par la même occasion venger leur roi Jacques Ier qui est prisonnier des Anglais.

En mars 1421, le duc de Clarence tente de prendre Angers, qui résiste, et se replie sur Beaufort en attendant de passer la Loire et de rejoindre Tours. Les vassaux du duc d’Anjou, Jean de Fontaine commandant de la place de Baugé-le-Grand, Jean de la Grézille, Jean du Bellay, Jean de Champagne, Jean de Bueil, Jean de la Croix, se regroupent le 20 mars à Baugé pour résister. Or le maréchal de La Fayette, l’un des principaux seigneurs d’Auvergne, des Orléans-Armagnacs sous les ordres du comte Jacques de Ventadour, de Guillaume II d’Avangom (vicomte de Narbonne) et de Jean Dunois (bâtard de Louis Ier d’Orléans), le connétable d’Écosse Jean Stuart de Darnley et le comte Jean Stuart de Buchan, partis de Poitiers avec leur armée, arrivent à Saumur.

La bataille

Nous sommes au soir de la veille de Pâques, et le duc de Clarence s’apprête à festoyer dans le château de Beaufort quand on le prévient que ses gens, qui ont fait quelques prisonniers écossais, ont appris qu’une armée écossaise est à quatre lieues de Baugé. Il faut éviter qu’ils reçoivent des renforts français, et sur un coup de tête, le duc de Clarence part alors avec des cavaliers à peine équipés et pratiquement sans archers, ceux-ci restant en arrière avec le gros de l’armée. La faute est inhabituelle pour l’armée anglaise qui doit largement ses succès à ses archers mais le duc de Clarence a l’air pressé d’en découdre.

Les cavaliers arrivent une heure avant le coucher du soleil entre Baugé et Vieil-Baugé sur la rive gauche du Couasnon dont le dégel a transformé les rives en bourbier. Une avant-garde anglaise poursuit des troupes françaises qui se barricadent dans l’église, mais elle est elle-même bloquée par des troupes arrivées à la rescousse qui les empêchent de manœuvrer.

L’armée anglaise, qui a partiellement franchi le Couasnon, reçoit des volées de flèches écossaises arrivant de la rive droite. Le choc décisif se produit sur le pont qui donne accès au village ; désarçonné, Clarence est tué. Plusieurs versions existent quant aux circonstances exactes de sa mort, néanmoins, ce qui est certain, c’est qu’elle sème le trouble dans les rangs anglais et que la bataille tourne au massacre.

Conséquences

Plus de 1000 anglais meurent et 500 sont faits prisonniers. En plus du duc  de Clarence, le baron de Ros et le comte de Tancarville sont tués. Le corps du duc de Clarence est transporté en Angleterre et enterré à la cathédrale de Canterbury. Les comtes d’Exeter, de Somerset et de Huntingdon sont capturés. Les pertes dans les rangs franco-écossais sont minimes, une quinzaine de grands nobles angevins et manceaux périssent néanmoins, dont Guérin des Fontaines considéré à tort comme l’un des vainqueurs parce qu’on l’a confondu avec son frère Jean.
Le roi Henry V accueille la nouvelle avec un violent accès de colère, déclarant que, si son frère avait survécu, « il l’eust fait mectre lui-même à mort » pour le punir d’une désobéissance qui avait coûté à l’Angleterre « la fine fleur de sa chevalerie », pour reprendre une formule employée par les chroniqueurs à propos de la défaite française d’Azincourt (1415).

Le dauphin Charles apprit l’heureuse nouvelle à Poitiers et «en fut moult joyeux» ; il reçut la bannière de Clarence, et en quelque sorte les défaites de Crécy, de Poitiers et d’Azincourt étaient vengées. Jean Stuart de Darnley reçoit en récompense la seigneurie de Concressault, près de Sancerre. Jean Stuart, comte de Buchan, reçut quant à lui le titre de de connétable de France en 1424.

Sources

  • COUDERC Jean-Mary – Le curieux monument commémoratif de la bataille du Vieil Baugé en 1421 – Mémoires de l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Touraine, tome 24, 2011
  • DUCHEIN Michel – Histoire de l’Écosse – Ed. Fayard, 2014
  • GIRAULT A.-J. (1993). Vieil-Baugé. La bataille-La Gouberie, Cahiers du Baugeois, n° spécial (réédité en mars 2011)
  • Wikipédia – La Bataille de Baugé – [page consultée en mars 2016]