L'Auld Alliance, le traité d'amitié franco-écossaise

C’est le 23 octobre 1295 que l’on trouve la première trace écrite de la signature à Paris du traité de l’Auld Alliance entre la France et l’Ecosse.

Ce traité constituera la base des relations franco-écossaises de 1295 au XVIIIe siècle.

L’Auld Alliance est une alliance entre le royaume de France, le royaume de Norvège et le royaume d’Écosse, aux dépens du royaume d’Angleterre, alors l’ennemi commun. Elle remonte à 1165 lorsque Guillaume le Lion adresse une ambassade à Louis VII de France bien que la première trace écrite de cette alliance soit le traité signé à Paris le 23 octobre 1295 entre les représentants de Jean Balliol (roi d’Ecosse) et Philippe le Bel (roi de France). Le 23 février 1296, le parlement écossais ratifie le traité d’alliance signé avec la France. Ce traité prévoit que si l’un des États subissait une attaque de l’Angleterre, l’autre État envahirait l’Angleterre.

Extraits du traité de 1295

(Traduit du vieux français par Michel Duchein)

Philippe, par la grâce de Dieu Roi de France, à tous ceux qui verront ces lettres, salut.

Parmi tous les moyens qui existent pour conforter la gloire des rois et des royaumes et pour leur procurer les bienfaits de la paix et de la tranquillité ainsi que la prospérité de leur Etat, celui qui, après mure considération, parait être le plus efficace est de conclure entre rois et royaumes des traités d’alliance garantissant leur amitié fidèle et leur union solide.

Aussi, pour remédier aux injures et aux violences injustifiées des méchants, comme pour repousser les attaques qui sont lancées contre eux au mépris de la justice, les rois et les ,princes ne peuvent-ils mieux faire que de s’unir par une amitié sincère, grâce à laquelle ils s’entraident dans la prospérité comme dans l’adversité, afin de réprimer les entreprises de ceux qui haïssent la paix et de procurer la douceur de la concorde.

De même ledit roi d’Écosse, en prince juste et pacifique, mû par sa sincère amitié pour nous, notre royaume et notre peuple, considérant les graves injures, énormes excès, attaques injustifiées et agressions iniques que le roi d’Angleterre, en violation de son serment de fidélité, commet chaque jour contre nous et nos sujets (… ), promet expressément que, dans la présente guerre que nous menons contre ledit roi d’Angleterre et ses complices, tant le roi d’Allemagne que les autres, il mettra à notre disposition, et à celle de nos successeurs si cette guerre se prolonge jusqu’à leur règne, toutes les forces de son royaume, tant de terre que de mer, afin de nous aider ouvertement et publiquement en Angleterre .

En outre, afin de mieux réprimer les injures dudit roi d’Angleterre et de le contraindre à cesser ses attaques contre nous, ledit roi d’Ecosse s’engage à nous envoyer de l’aide, dans toute la mesure de ses moyens et à ses propres frais .

En contrepartie, si le roi d’Angleterre s’avisait d’envahir le royaume d’Ecosse, personnellement ou par d’autres sur son ordre, après la fin de la présente guerre qu’il mène contre nous, nous apporterions notre aide au roi d’Écosse, soit en tenant le roi d’Angleterre occupé par ailleurs, soir en envoyant des secours directement en Écosse à nos frais.

Si enfin le roi d’Angleterre venait à quitter personnellement son royaume (pour envahir le notre), le roi d’Écosse s’engage à entrer à son tour en Angleterre, le plus loin possible, et à y mener la guerre par tous les moyens, batailles, sièges, dévastations, le tout à ses propres frais.

Le traité sera maintes fois renouvelé au cours de l’Histoire,
notamment par Robert the Bruce en 1326 et Marie Stuart en 1543.

L'Auld Alliance dans l'histoire

En 1336, au début de la guerre de Cent Ans, le roi de France Philippe de Valois fournit une aide militaire au roi d’Écosse David II en exil en France après avoir été déposé par Édouard III d’Angleterre.

En 1346, l’Écosse envahit l’Angleterre pour défendre les intérêts de la France. L’armée écossaise fut cependant vaincue et David II fait prisonnier à la bataille de Neville’s Cross.

En 1385, une flotte française de 180 navires arrive en Écosse sous les ordres de Jean de Vienne. Elle débarque des troupes près d’Édimbourg pour attaquer l’Angleterre. Mais la coordination avec les Écossais n’est pas facile, troupes et navires végètent. L’expédition est finalement un échec et les Français doivent rentrer sans avoir rien pu faire d’important.

En 1421, lors de la bataille de Baugé, les forces franco-écossaises causent une sévère défaite aux Anglais et les Français récompensent gracieusement les Écossais. Cette victoire est de courte durée car à la bataille de Verneuil (1424) les troupes écossaises sont anéanties. Malgré cette défaite, l’action des Écossais est un soutien suffisamment efficace qui donne un répit à la France, la préservant ainsi d’une occupation complète par l’Angleterre.

En 1429, des Écossais assistent Jeanne d’Arc pour lever le siège d’Orléans. Un corps d’Écossais est établi pour défendre la personne du roi de France. De nombreux seigneurs Écossais s’installent en France, certains continuent de se considérer comme Écossais et d’autres s’intègrent comme les Stuart de Darnley, devenus seigneurs d’Aubigny (petite ville du Nord du Berry) qui restera « écossaise » jusqu’au XVIIIème siècle.

Encore au cours de la guerre de Cent Ans, Thomas de Huston, un chevalier écossais originaire de la région de Girvan, vient combattre les Anglais en France dans le cadre de l’Auld Alliance. Pour avoir été le premier avec Arthur de Richemont à entrer dans la ville de Meaux lors du siège contre les Anglais du 20 juillet au 10 août 1439, il reçoit en récompense par don du roi Charles VII la châtellenie de Gournay (Louis XI la lui échange le 12 ou 13 juin 1466 contre le domaine de Torcy, afin de donner Gournay aucomte de Dammartin)10,11. Il y demeure jusqu’à sa mort en 1472.

Au XVème siècle, le poète Alain Chartier a écrit que « l’Auld Alliance n’a pas été écrite sur un parchemin de peau de brebis mais gravée sur la peau d’homme, tracée non par l’encre mais par le sang ».

En 1513, la bataille de Flodden Field oppose l’Écosse à l’Angleterre.

En 1558, cette alliance historique est encore renforcée par le mariage du Dauphin François (futur François II) avec Marie Stuart. À cette occasion, le roi de France Henri II établit une lettre de grande naturalisation automatique entre Français et Écossais.

Concrètement, l’alliance prend fin en 1560, année de la mort de la régente Marie de Lorraine, membre de la famille des Guise, et de la défaite militaire et politique de la France, chassée par des Grands d’Écosse passés à la Réforme, les Lords of the Congregation, eux-mêmes soutenus par l’Angleterre. En 1562, l’Écosse envoie 200 soldats en Normandie pour aider les Huguenots dans leur lutte face au pouvoir royal catholique.

Au XVIIIème siècle, après l’Acte d’union (en 1707) des royaumes d’Angleterre et d’Écosse, certains Jacobites, trouvent refuge en France au nom de l’Auld Alliance, en particulier à Saint-Germain-en-Laye et à Sancerre.

En 1903, le gouvernement français ordonne la suspension du privilège de double-nationalité automatiquement accordée aux Écossais réfugiés en France.

En 1942, le général de Gaulle qualifie l’alliance franco-écossaise de « plus vieille alliance au monde ». Il l’a d’ailleurs appliquée en autorisant des parachutistes français à être réunis à une unité britannique (les SAS), car dirigée par un Écossais (David Stirling).

En 1995, des célébrations ont lieu dans les deux pays pour le 700e anniversaire de l’alliance.

En 2011, l’historienne britannique Dr Siobhan Talbott publie le résultat de ses recherches minutieuses sur l’Auld Alliance et en conclut que l’alliance n’avait jamais été rompue